mardi 26 novembre 2013

  1. Je viens de rencontrer la classe d'une petite afghane, en compagnie de Marion Dionnet. La môme souhaitait que ses camarades entendent l'histoire de Paco. Ils l'ont plus qu'entendue. Ils ont applaudi l'histoire, mais la gamine aussi. Un projet se met donc en place, au coeur de cette école impliquée. Elle a peur, cette enfant, et sa petite soeur, qui ferait fondre les pôles, peur depuis un an, et elles ne sont pas seules en souffrance. Ils sont si nombreux, ces enfants exposés au sabre de l'expulsion, de la politique barbare. J'en ai le cœur déchiré. Je l'aurai toujours. Je n'ai pas fini d'écrire pour eux, et de me savoir sans autre force que les mots. Je n'ai pas fini de me réjouir pourtant de ne pas être seul à rêver d'autre chose, d'humanité, à en rêver et à tâcher de vivre pour elle, pendant que tant d'autres applaudissent Maggie. Par ignorance.

jeudi 14 novembre 2013

vendredi 8 novembre 2013

NOUVELLE PARUTION

Le Mystère Curtius - éd. Luc Pire  / roman policier


Trois amis détrousseurs de poches volent pour leur patron un coffret de pièces anciennes, apparemment oublié dans une cave de la prestigieuse Maison Curtius. Ils ne savent pas que leur trésor hantait depuis plusieurs siècles cette demeure érigée comme un palais sur les bords de la Meuse liégeoise. Ils ignorent également que ce vol a ouvert les trappes d'une aventure faite de dangers et de mystères, où le détective Chantraine pourrait bien perdre la tête.  


extrait

            - Range ton couteau. On va négocier.
            - Ben justement.
            - Range ton couteau.
            Ils ont poussé la porte donnant sur la cour profonde, et ses murs poussiéreux, velus d’herbes sous les toits. Joseph s’est glissé au-devant des deux autres, et ils ont vu trop tard qu’un gendarme les précédait. Un costaud rose et rond. Il a levé le menton, cessé de se gratter sous la chemise.
            - Prenez un air de rien, a commandé Joseph.
            Firmin s’est mis à siffloter en regardant les corniches, il a trébuché dans de la ferraille, juré longtemps. Et le gendarme semblait attendre, comme armé d’un filet, qu’ils arrivent à quelques pas. Il a dit alors avec un petit accent des Flandres :
            - On peut savoir ce qui vous amène ?
            - Un ami. On vient le saluer.
            - C’est son anniversaire, ajoute Firmin, pendant qu’Ernest allume sa pipe.
            Le gendarme prend une allure de roi, et montrant d’un sourire qu’il les trouve tous les trois bien bêtes, il dit gravement :
            - Un homme est mort, ici, il y a deux heures, vous voulez souffler les bougies pour lui, ou vous en servir pour brûler le cadavre ?
            Ils veulent avancer, mais l’homme oppose une main ferme.
            - Pas de blagues. Je sais où vous trouver, les voyous. Vos têtes louches, moi je les connais, c’est mon métier. Faites demi-tour, et tenez-vous à carreau. Croyez-moi, on va se revoir.  
            - Où est le corps de not’pote? Risque Joseph. Je voudrais le voir une dernière fois.
            - Oui, insiste Ernest. Si c’était not’Félix, on voudrait le voir une dernière fois, question de lui souhaiter bonne route, et que le paradis l’accueille.
            - Que le paradis l’accueille, répète Firmin, les yeux au ciel et les mains en prière.
            - La paradis, ça m’étonnerait. Allez, du vent.
            Ils le dévisagent pour lui faire peur, avant de partir, l’air digne et nonchalant.
            Mais sur le chemin du retour, ils se taisent d’un même silence gonflé de questions et de doutes, d’une honte surtout, qui leur mord la gorge et les tripes. Se faire berner sans même savoir comment, ni par qui ! Aucun ne rappellera qu’ils étaient sur le point de se partager les pièces, ou d’en cueillir dix, plutôt que deux. Ils n’en garderont qu’un souvenir, maintenant que ce gendarme a promis de les traquer.
            - Et si ce n’était pas un gendarme ? demande Joseph.
            - On sait pas, répond Firmin. Mais un uniforme, ça se chourave, c’est sûr. L’automne dernier, je portais les robes d’un prêtre, pour vider le tronc de Saint-Denis sans que les fidèles me zieutent. Bon, en-dessous de la robe, c’était moi, je suis pas curé.
            - Et alors qui c’est, le gendarme, s’il n’est pas gendarme ?
            - On sait pas.
            Silencieux, Joseph marche en retrait, et bouscule des cailloux. Ils avaient entrevu les grands jours des riches, et les voilà rôdant à nouveau. Si le destin s’obstine à les humilier, faudra-t-il qu’ils s’abandonnent à une vie de citoyen honnête ?
            - Moi, dit Firmin, je suis quand même triste. Pauvre Félix. Non ? Que le paradis l’accueille.
            Il ne supporte la mort de personne. Ça préserve les copains du crime. Joseph, ça ne le gênerait pas d’étrangler des gorges entourées de perles, plus pour se venger du sort que pour les perles elles-mêmes. Avec Firmin, ils ont partagé l’orphelinat pendant que les soldats se charcutaient. Les charcutiers survivants dinent d’une retraite de héros. Alors il pose la question du mérite.
            - On va oublier tout ça, les copains. Gendarme ou pas, on va suivre son conseil, et se tenir à carreau, quelques temps. De toute façon, ce n’était pas de l’or.
            Ils sont d’accord, d’autant qu’il recommence à pleuvoir.